Apprendre des meilleurs : pourquoi l’accord entre le Canada et la Chine pourrait être judicieux sur le plan de la politique industrielle

Ce matin, le Canada et la Chine ont annoncé un nouveau partenariat stratégique comprenant un accord visant à faciliter le commerce des véhicules électriques, des produits à base de canola et de l’acier, ainsi qu’une coopération plus large en matière de multilatéralisme et d’investissement.

Cet accord représente l’initiative la plus audacieuse prise par le premier ministre Carney dans ses efforts pour établir des partenariats internationaux qui réduisent la dépendance du Canada à l’égard des États-Unis. Le défi que pose cet accord est de trouver le juste milieu entre l’occasion à saisir que représente le commerce avec la Chine et une aliénation accrue de notre voisin du Sud.

L’idée derrière cet accord est judicieuse : réaliser des gains limités en matière de coopération tout en traçant la voie vers un engagement plus profond à l’avenir.

Afin de garantir la suppression des droits de douane sur le canola, le Canada autorisera l’entrée de 49 000 véhicules électriques (VE) chinois sur le marché canadien, avec un droit de douane de 6,1 %. Cela correspond aux importations canadiennes de l’année précédant l’imposition des droits de douane de 100 %.

Cette mesure ne modifie pas directement le taux tarifaire global du Canada, ce qui permet au pays de rester techniquement aligné sur les droits de douane américains sur les VE.

Un accord a également été conclu pour prolonger les mesures de remise pour certains types de produits chinois en acier et en aluminium qui ne se fabriquent pas au Canada.

Reste à voir ce qu’il adviendra de l’accord entre RNCan et ses homologues chinois sur la construction moderne en bois. La diversification du commerce du bois, en particulier du bois massif et de la construction modulaire, en accroissant les échanges avec l’Asie, est un enjeu important à long terme pour le Canada.

Bien qu’aucun investissement chinois au Canada n’ait été annoncé pour le moment, les deux parties ont convenu d’explorer des partenariats dans la chaîne d’approvisionnement des VE au Canada. Dans les bonnes conditions, une coentreprise entre le Canada et un partenaire chinois pourrait contribuer à apporter la technologie et le savoir-faire chinois à la base manufacturière canadienne. Apprendre de la Chine serait un atout majeur pour la stratégie industrielle canadienne.

Il est également judicieux d’autoriser l’entrée de certains VE chinois dans le pays, surtout s’il s’agit de véhicules à bas prix, d’une valeur inférieure à 35 000 $. Mais avant l’entrée en vigueur des droits de douane, la majorité des importations chinoises étaient des Teslas fabriquées à Shanghai.

Néanmoins, en matière de politique industrielle, une exposition sélective à ses meilleurs concurrents est bénéfique, car elle favorise la discipline des fabricants nationaux. Une exposition illimitée pourrait anéantir les gains nationaux, mais une certaine concurrence des importateurs à bas prix et de haute qualité oblige les producteurs à s’améliorer et à apprendre, ce qui stimule l’innovation et la productivité.

Ces deux outils – les coentreprises avec les meilleures entreprises et l’exposition sélective à celles-ci – ont été essentiels à la réussite de la stratégie industrielle chinoise. Ils pourraient donc constituer un élément essentiel d’une stratégie industrielle renouvelée en matière de VE au Canada.

Une situation idéale pour le Canada impliquerait une augmentation de la compétitivité de la fabrication canadienne de VE grâce à l’exposition sélective et à l’investissement chinois, mais sans s’aliéner les États-Unis ou se désavantager dans les renégociations de l’ACEUM. Après tout, en ouvrant son marché à la Chine, le Canada ouvre effectivement le marché américain à la Chine. L’administration Trump ne se souciera peut-être pas des VE, mais ce n’est pas sans risque.

En termes géopolitiques, cela pourrait représenter un changement majeur. Sous l’administration Biden, le Canada s’est éloigné de la Chine et s’est aligné sur la politique belliciste des États-Unis. Sous Trump, le Canada cherche à assurer ses arrières. C’est une victoire pour la Chine.

En combinant une exposition sélective du marché avec des coentreprises potentielles, le Canada s’inspire du modèle qui a permis à la Chine de réaliser ses propres prouesses dans le domaine de la fabrication. Le véritable test sera de savoir si les décideurs canadiens arriveront à marcher sur la corde raide de la géopolitique, en tirant parti de la concurrence et des capitaux chinois sans provoquer de représailles de la part des États-Unis. S’ils y parviennent, cet accord deviendra un modèle d’interdépendance stratégique.

Pour en savoir plus sur la diversification du commerce canadien, voir le rapport « Exporter l’économie du futur ».

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